Eglise Saint-Vincent

Visite de l’église

L’Histoire

Sidoine Appolinaire et Fortunat témoignent du passé gallo-romain de Floirac. La Villa qu’ils mentionnent fut vraisemblablement à l’origine de la paroisse Saint-Vincent de Floirac au VI° siècle. La présence d’un patronage identique à Yvrac, laisse croire que plusieurs domaines gallo-romains ont été réunis lors de l’établissement des premières paroisses qui se fractionnèrent par la suite. D’ailleurs, à la fin du VI° siècle, le domaine de Floirac appartient à l’archidiacre de Paris, Waldo, évêque du Mans sous le nom de Bertechramnus. Mieux encore, c’est à cette époque qu’on note, dans notre région, la diffusion de patronages récemment importés parmi lesquels figure Saint-Vincent. Le culte de ce diacre martyr de Saragosse se développe en Gaule après le transfert de ses reliques à Paris par Childebert, en 542.

Si la fondation de la paroisse Saint-Vincent remonte à l’époque mérovingienne, l’église qui se dresse aujourd’hui ne témoigne aucunement de ce passé. Nous manquons de documents à son sujet…

Le Bâtiment

L’église orientée de Saint-Vincent de Floirac présente une nef à trois vaisseaux, précédée d’un clocher-porche et terminée à l’est par une abside en hémicycle . La maison curiale flanque le bâtiment au Nord, mais on peut découvrir l’extérieur de l’église en pénétrant, au sud, dans le cimetière.

Si l’ abside est romane en dehors de quelques détails remaniés au siècle passé, il est très difficile de se faire une idée précise du reste de l’édifice, une campagne de restauration menée par l’architecte Alaux entre 1852 et 1857 l’ayant considérablement transformé. Ce dernier a construit le clocher-porche selon un parti pris très répandu dans le bordelais et voulu par le Cardinal Donnet , modifiant toute la structure occidentale. Malgré cela, on peut définir une réfection de l’église au XV° et XVI° siècles.

 

Abside
L’Abside du XII° siècle :

Elle se compose d’un hémicycle , précédé d’une travée droite, couverts d’un cul-de-four et d’une voûte en berceau plein cintre . Cinq baies ébrasées romanes munies de colonnettes à l’intérieur, éclairent cette abside. Ces dernières présentent des bases où se dégagent deux tores tandis que leurs chapiteaux s’ornent de motifs végétaux très simples, qui se terminent en volutes aux angles, s’organisent parfois en guirlandes d’où s’échappent des grappes de raisins . A l’intérieur, des colonnes engagées rythment l’ordonnance et montent jusqu’à la corniche qui repose sur des modillons variés dont certains sont restaurés. Les baies sont surmontées d’une petite corniche. L’Arc triomphal de l’abside est une réfection du XIX° siècle ainsi que les dosserets sur lesquels il s’appuie. Le sculpteur Cabanne a ainsi réalisé les deux chapiteaux de type roman où s’illustrent les thèmes de Daniel dans la fosse au lion accompagné du prophète Habacuc au Nord, et le cycle d’Adam et Eve au sud  (de droite à gauche : la tentation, le péché, l’exclusion du paradis). Les tailloirs des chapiteaux se prolongent en bandeau sur le mur de l’abside et présentent des inscriptions latines relatant ces thèmes. Rien ne permet d’affirmer que le sculpteur s’est appuyé sur les modèles originels pour réaliser ces œuvres d’une facture résolument contemporaine. Dans son ensemble, l’abside présente les caractères architecturaux et décoratifs du XII° siècle. Elle se poursuivait vraisemblablement à l’ouest par une petite nef unique, charpentée, d’une largeur peu supérieure à l’abside, comme c’est le cas dans beaucoup d’églises romanes du bordelais.


Crucifix du XVIIme Class au Patrimoine
La Nef actuelle

La nef romane disparut lors d’une reconstruction au XV° siècle et XVI° siècle, soit qu’elle parut insuffisante, soit que des personnalités importantes installées à Floirac suscitèrent son remaniement. En effet, un document nous apprend qu’on commanda la charpente d’un des deux bas-côtés le 02 août 1542. Par ailleurs, le travail de l’architecte Alaux au XIX° siècle ne consista pas à rebâtir l’église mais à restaurer un bâtiment existant, en l’aménagent pour recevoir un clocher-porche . Des modifications sont toutefois intervenues lors de cette restauration, notamment un exhaussement du vaisseau central de la nef ce qui conduisit à remonter les voûtes de la nef. Ainsi est-il difficile de définir la succession des campagnes de construction des XV° et XVI° siècles. Le vaisseau central se compose de trois travées couvertes de voûtes sur croisées d’ogives , et d’une travée de rattrapage à l’est, au niveau de l’ abside , voûtée d’un berceau brisé . Les grandes arcades de ce vaisseau reposent au sud sur des piles rondes aux bases octogonales , et au nord sur des piles de formes différentes de formes allongées . Les nervures des voûtes retombent maladroitement sur des piliers ronds sans doute à cause de l’exhaussement récent de ce vaisseau , tandis qu’elles pénètrent dans les colonnes engagées des piliers du nord. Un culot du sculpteur Cabanne représentant un ange tenant un écu sur lequel se dégagent les symboles des quatre évangélistes , reçoit, au sud, les nervures de la travée orientale . Les clefs de voûtes présentent des blasons , notamment celui du Cardinal Donnet .

 

Chapiteau Adam et ve

  
Le mobilier et la décoration

Les modillons romans de l’ abside ne présentent pas de particularités notables, mais on admirera les motifs originels qui ornent les culots des archivoltes des baies occidentales, ainsi que l’ angelot du collatéral sud.

Saint - Vincent  conserve deux albâtres anglais d’un intérêt exceptionnel : Un Saint-Jean Baptiste portant l’agneau et une Sainte-Catherine patronne des mariniers tenant l’instrument de son martyre, qui appartiennent à cette production de la fin du XV° siècle, importée des centres de Londres, Nottingham ou York. Ces statuettes placées à l’entrée de l’église sont apparentées à celles de Saint-Seurin et de la Cathédrale de Bordeaux, ainsi qu’au Saint-Jean Baptiste de Lignan. Au fond du collatéral nord s’élève un retable de la première moitié du XVII° siècle, production du Duc d’Epernon . D’inspiration baroque, il montre Saint-Vincent et les statues de Saint-Joseph et du Christ  tenant le Sacré-Cœur . Le crucifix et les portes en bois sculptées à l’intérieur de la sacristie sont datées de cette époque. Le reste de la décoration et du mobilier appartient au XIX° siècle.


Fresque

Les Vitraux de Joseph Villiet
Vitrail de la Samaritaine    Dtail vitrail St Georges    Vitrail Roi David

On remarquera les vitraux des collatéraux aux thèmes variés (notamment les martyrs de Sainte-Catherine et Saint-Laurent ), réalisés par le grand maître verrier, Villet , entre 1860 et 1865 à l’exception de Saint-Georges terrassant le dragon, au nord, daté de 1823 et par conséquent antérieur aux restaurations. Les peintures au-dessus des grandes arcades retracent l’enfance du Christ .


Les Autels
Retable Vierge  Autel St-Vincent  Matre Autel

A l’extrémité du collatéral sud , Jaboin d’Angers réalisa en 1871 ce très beau retable dont les panneaux de mosaïque glorifient la Vierge. Les figures dorées se détachant sur un fond sombre représentent Eve, Ruth, Esther, Judith entre autres femmes bibliques. Ce même artiste réalisa le maître autel qui présente le Christ entouré des quatre évangélistes , situé devant la mosaïque allégorique de l’église.


Le Trésor de la Paroisse : reliquaire du 11 ème siècle: 
Reliquaire  Dtail reliquaire

L'orgue de Georges Wenner

Orgue construit par le facteur d’orgue bordelais Georges Wenner en 1865.

Orgue

L’Harmonium  

toujours en état de marche date de la même époque.
Harmonium

A l'origine l'orgue de Saint-Vincent se trouvait dans deux « buffets » qui étaient encastrés dans le clocher contre la rosace le clavier se trouvant au milieu de ces derniers.

Ces « buffets », ressemblant plutôt à des boites placards contenaient les tuyaux des 8 jeux qui constituaient cet orgue à clavier unique avec tirasses au pédalier et possédant une boite d’expression. Les commandes étaient directes, donc mécaniques, et la soufflerie fonctionnait de façon manuelle à l’aide d’un balancier comme cela se faisait à l’époque. Les contrepoids des soufflets étaient constitués de briquettes en forme de pavés aux bord cannelés. L’orgue semble -t-il  était peint de couleur identique à l'autel St-Vincent, c'est à dire rouge Bordeaux tirant sur le pourpre.

La commande de la soufflerie a été électrifiée vers la fin des années 40, le moteur se trouvant dans le clocher sous la cloche principale évitant ainsi tout bruit dans l’église.

Par la suite, l'orgue étant très détérioré par les infiltrations d’eaux survenant des ouvertures du clocher, sur sa gauche et sa droite, il a été décidé de sortir l’orgue de cet emplacement afin de sauver le maximum d'éléments. En effet déjà de nombreux matériaux sont irrémédiablement détruits, comme certains sommiers, de nombreuses membranes en peau ou en cuir.

A l'époque, la tribune actuelle n'existait pas. Elle se trouvait beaucoup plus en retrait et elle était fermée par une balustrade ajourée en pierres sculptées, formant des ornements identiques à ceux de la rosace comme en témoigne un plan de Alaux de 1853 signé de sa main et accordant l’exécution des travaux à cette époque.

Cette balustrade a été déposée au début des années 50, puis, une nouvelle tribune, plus vaste a été construite de manière à recevoir l'orgue. Cette dernière a été construite par Henri Soum avec l'aide de quelques paroissiens bénévoles dans les années 60.

Le nouvel emplacement de l'orgue a été choisi de manière à l'isoler de toutes intempéries, mais aussi dans le but de le doter d'une meilleure acoustique.

De nouveaux sommiers plus grands ont été construits par Monsieur Bernard facteur d'orgue. Les commandes directes sont remplacées par des commandes électro­pneumatiques au moyen d’électro-aimants.

Une nouvelle console est construite et deux claviers un neuf l'autre de récupération sont installés. Le pédalier est restauré. Le système de soufflerie est entièrement revu et de nombreuses modifications y sont faites. L'orgue est à cette époque composé de 5 Jeux (voir croquis ci-dessous)

Il est a noté que le compositeur Henri Sauguet, devenu célèbre par la suite, a commencé sa carrière sur cet orgue et a accompagné durant plusieurs années les offices.

A cette époque l’orgue était réputé pour ces jeux de flûtes et l’église pour son acoustique, due, entre autre, à son sol en bois.

Quelques organistes ayant joué sur cet orgue :

M. Moreau ; Henri Sauguet ; Henri Soum ; Dominique Dubroqua ; Philippe Chaumel ; Bernard Dumas ; Cyril Meyney.

Resté longtemps sans entretien, et suite à d'incompréhensibles bricolages malencontreux et destructeurs par le facteur d’orgue Bordelais Bernard, entre autre, actuellement l’orgue n’est malheureusement plus en état de fonctionner et est irrémédiablement muet et détruit dans sa majorité…


Les Curés de Floirac


XIIe siècle

1285 - Pierre LINHORE

1302 - P. ITER

1318 - Arnaud GUILLAUME

1337 - Raymond de CAMIADE

1425 - Bertrand VIGIER

1454 - Guillaume de LAGRANGE

XVIIe siècle      

1608 - Jean de LARTIGUE

1610 - Jean de LA PALISSE

1633 - Antoine DULAURA

1639-1651 - X. RIVET          

1653-1657 - X. ROY

1657-1662 - Etienne DROUIHARD

1662-1664 - SAGE

 1664-1673 - Raymond TREUILHE

1673-1993 - Pierre LAMORERE

1697-1702 - Louis de  MOSNIER de VILLENEUVE

XVIIIe siècle    

1702-1722 - Bernard LACAZE

1722-1743 - François ROUX

1743-1783 - Jean-Baptiste ARNAUD

1783 - X. TURPIN

1783-1791 - Jean VEYSSIERES

1791-1807 - IVERGY (époque révolutionnaire) 

 XIXe siècle       

1807-1811 - Jean ALARIC

1822-1839 - Guillaume BERROUET

1839-1850 - Jean-Baptiste MONS

1850-1855 - Bernard LAFARGUE

1855-1873 - Antoine Victor BOURGES ( Restauration Importante église )

1873-1885 - Philippe Noël DAVID

1885-1902 - Antoine Justin ARNAIL

XXe siècle        

1902-1914 - Raymond FOURGEAULT

1914-1942 - Jean GALLAIS

1944-1948 - Jean-Louis ANANIEU

1948-1956 - Georges GINESTE

1956-1973 - André DUPOUY ( Restauration église )

1973-1982 - Michel Expert

1982-1990 - Dominique LE GRIX de la SALLE

1990-1993 - François LALLE

1993-1997 - Jacques CUSSET

1997-1999 - André Joubert (secteur La Bastide/Floirac)

1999-2007 - Jean-Marie ROUMEGOUX (secteur La Bastide/Floirac)

2007-2015 - Pierre Genais (secteur La Bastide/Floirac)

2015- Michel Sallaberry (secteur La Bastide/Floirac)

Personnalités

Joseph Villiet

Maitre Verrier, Ornemaniste

Joseph Villiet est né à Ébreuil, dans l’Allier, le 27 août 1823 d’Amable Villiet et de Catherine Fougerel, son épouse.

Son père exerçait alors la fonction de secrétaire général de la Sous-préfecture de Gannat. Issu d’un milieu très modeste, dans une famille de onze enfants, Amable Villiet n’avait suivi que des études très rudimentaires et s’était vu fermer les portes de l’école de médecine, faute pour lui d’avoir appris le latin. Il avait alors embrassé la profession d’huissier de justice, comme son beau-père, avant d’accéder en 1827 au poste de Secrétaire général de la sous-préfecture de Gannat qu’il devait occuper jusqu’à sa mort, semble-t-il, survenue en 1863, à l’âge de 71 ans.

Mais parallèlement à cette fonction administrative, Amable Villiet cultivait ses goûts pour les arts. Il lisait beaucoup, achetait des ouvrages, dessinait et écrivait des vers. Il s’était lui-même baptisé « le poète de la Sioule » et, à ses moments de loisir, versifiait d’abondance, couvrant de son écriture appliquée, régulière et précise, de nombreux cahiers de vers de toute sorte, qui dorment dans les cartons d’archives dont je suis aujourd’hui le détenteur. Mais certaines de ces œuvres ont été publiées : un recueil de « Fables nouvelles », des « Pièces de théâtre » et des « Poésies diverses ».

Ainsi, Joseph Villiet est né d’un père cultivé, tourné vers la spéculation intellectuelle et les arts. De son côté, sa mère semble n’avoir reçu qu’une éducation assez frustre, si l’on en juge par le style assez gauche et l’inspiration de ses lettres à son fils, consacrées à la narration d’événements familiaux et empreintes de ses soucis domestiques. Joseph Villiet fait ses humanités au collège de Gannat, études solides et sérieuses, car le père y veille de près et est volontiers sermonneur. Il montre d’incontestables dons pour le dessin et est encouragé à cultiver ce don et à perfectionner sa technique.

La légende familiale veut que sa vocation de peintre-verrier, lui vient d’une visite qu’il fait à la Cathédrale de Clermont, à l’âge de quatorze ans. Il y a sans doute une part de vérité en cela car, plus tard, il en fera lui-même l’aveu. Dans son discours de réception à l’Académie impériale des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux, Jules de Gères, alors Président de votre Académie, s’exprimera en ces termes :

« L’écolier pénètre sous les voûtes gothiques… Il avance, recueilli, sous l’ogive demi-sombre, conduit par la double haie de piliers qui l’élancent et le supportent, gagné par une émotion qui grandit à chaque pas et arrive enfin, transporté, transfiguré dirais-je presque, dans l’auréole lumineuse des rosaces au centre de l’ineffable resplendissement de ces vitraux anonymes du XIII siècle, rivaux des chefs-d’œuvre de la Sainte Chapelle, qui le ravissent, le confondent, le plongent dans une longue, muette et fructueuse admiration. Ce que l’enfant éprouva dans le fortuné moment qui a décidé de sa vie, dans cette illumination des facultés par le regard, dans cette révélation subite de l’homme nouveau, demandez-le à l’artiste d’aujourd’hui ; il ne l’a point oublié… Désormais son avenir est tracé. »

Le fait doit donc être tenu pour exact et Joseph Villiet, dès ce jour est assuré de sa vocation.

Son père tente de l’en dissuader, car cette carrière artistique lui paraît pleine d’incertitude. Aussi, deux ans plus tard une fois son baccalauréat obtenu, à Clermont, avec « unanimité de boules blanches », Joseph Villiet entre, par la volonté de son père, dans l’atelier d’un architecte de Gannat, ami de la famille. Mais il y est malheureux et au bout d’un an, le père se range à la volonté de son fils et l’adresse à un maître-verrier réputé qui exerce son art à Clermont, Émile Thibaud. Le jeune Joseph suit avec zèle, application et intelligence un apprentissage de dix ans.

Il est doué, certes, pour le dessin, mais il doit apprendre les délicats procédés pratiques de la peinture sur verre qu’on redécouvre alors de façon pragmatique, en s’asservissant totalement au respect, des techniques et inspiration anciennes. À l’époque, l’art du vitrail est entièrement inspiré par le souci de retrouver l’esprit et la technique des verriers du Moyen Âge. 

Il est fondé sur la volonté de copier ces derniers en toute chose : l’iconographie, le respect des conventions anciennes, telles que la représentation d’une histoire de gauche à droite et de bas en haut, la redécouverte des techniques oubliées, de la couleur, de la cuisson du verre, du sertissage au plomb, du maintien de l’ensemble des verres plombés par des vergettes et des tringles de fer. 

Joseph Villiet a donc beaucoup à apprendre et il le fait à la satisfaction de son maître. Il mène une existence austère et ne regagne la maison familiale de Gannat pour y retrouver ses parents et ses deux jeunes sœurs qu’en de rares occasions. Les lettres que lui adresse son père avec une grande régularité, en l‘appelant curieusement « mon cher Villiet » trahissent l’inquiétude paternelle.

Certes, il l’exhorte au labeur, comme il l’écrit :

« le travail produit la félicité de la vieillesse » .

Mais il lui donne des conseils d’hygiène : il faut bien se nourrir, faire de l’exercice, marcher à travers la Limagne et l’Auvergne ; et aussi des consignes de sagesse : il convient de ne pas tomber dans le libertinage et pratiquer la prudence dans ses fréquentations. En dehors de son travail sous la férule d’un maître doté d’intelligence et de bonté, dont il devient vite l’adjoint direct et qui le traite comme un membre de sa famille, la seule activité de Joseph Villiet dont j’ai conservé la trace est sa participation à la Conférence de Saint Vincent de Paul, dans laquelle il est admis en 1844 à l’âge de 21 ans.

Lorsqu’il quittera Clermont pour Bordeaux, il pourra présenter à la Conférence de sa nouvelle résidence une attestation signée par M. de Féligonde, président de la Conférence de Clermont ainsi conçue : « Nous certifions que M. Villiet… a toujours été un de nos membres les plus assidus et les plus édifiants… Nous félicitons nos associés de Bordeaux de faire l’acquisition d’un jeune homme si distingué sous le rapport de la piété et du talent et nous le recommandons à toute leur affection et bienveillance. »  

Comme on le voit, Joseph Villiet ne semble pas avoir cédé à la dissipation. Est-ce à l’occasion de ses pieuses activités qu’il entre en relation avec Madame Burin du Buisson, membre d’une vieille famille auvergnate, veuve peu fortunée élevant plusieurs enfants dont une jeune fille prénommée Virginie ? Je ne le sais pas, mais il fréquente le salon de cette dame et en vient à éprouver un tendre sentiment pour la jeune Virginie. Lorsqu'il s’en ouvre à son père, ce dernier s’inquiète certes de la modeste fortune de la famille Burin, mais acquiesce au projet d’union.

Il compose même à l’intention de la future belle-fille un petit poème que j’ai retrouvé, où il fait allusion à la fois à la disparition récente du père de celle-ci et au deuil qu’il vient lui-même d’éprouver en la perte d’une de ses filles. « Nos malheurs sont égaux, nos peines sont les mêmes ; Bénissons en cela la volonté suprême. Vous, vous pleurez encore votre père bien-aimé. Moi, je pleure sans cesse une de mes deux filles Et mon cuisant chagrin est loin d’être calmé. Mais, si Dieu permettait d’unir nos deux familles, En moi vous trouveriez un père affectueux, En vous, ma bonne Anna me reviendrait des Cieux. »

Joseph Villiet et Virginie Burin se marient donc le 19 août 1850 à Clermont. C’est alors que Villiet envisage de donner un nouveau cours à sa carrière. Il hésite et tergiverse, comme le montre sa correspondance.

Il envisage de rejoindre un grand atelier de l’est de la France, l’atelier Maréchal, à Metz ; mais le projet ne peut se réaliser. Il décide alors de voler de ses propres ailes. Il est maître de son art. Il dirige, de fait, une équipe nombreuse d’ouvriers et d’artistes. Il a consacré beaucoup de temps à l’archéologie et à l’iconographie, grâce à ses recherches dans les vélins des XIII et XIV siècles. Il a fréquenté assidûment les ouvrages consacrés à l’architecture gothique, revenue à la mode avec le Romantisme et les travaux de Viollet-le-Duc. Il se sent prêt à fonder son atelier et décide de s’installer à Bordeaux.  

Pourquoi ce choix ? Je n’ai pas la réponse, mais on peut penser qu’il y est guidé par la prospérité dont jouit alors la capitale de l’Aquitaine et par le dynamisme du Cardinal Donnet, archevêque du diocèse, qui engage alors un vaste chantier de construction de lieux de culte et de rénovation de la décoration des églises anciennes où règnent, selon les propres termes du Cardinal Donnet « la pauvreté » et même « la désolation ». Or, l’art de la peinture sur verre est quasiment absent de la région bordelaise. 

Joseph Villiet s’installe à Bordeaux en 1851. Il prend à bail d’un Sieur Ferreira une maison sise au 61 de la route d’Espagne, qu’il acquerra par la suite. Dès 1854, il s’agrandit en louant la maison voi­sine, au 63, à M. Eugène Calvet.

Son atelier connaît très vite la prospérité, qui peut être appréciée à partir de son chiffre d’affaires : 2 738 F en 1852 ; 24 741 F en 1853 ; 36 558 F en 1854 ; 43 351 F en 1855 ; 49 946 F en 1856. En dehors d’un net fléchissement en 1870 et en 1871, en raison de la guerre, le chiffre d’affaires de son atelier va toujours croissant.

Parallèlement, sa notoriété franchit les limites du diocèse de Bordeaux. Si, en 1852, ses travaux se bornent à réparer des verrières anciennes et à concevoir quelques vitraux neufs pour la Cathédrale Saint André et les églises Saint Michel et Sainte Eulalie , très vite ses œuvres se trouvent destinées à des églises de Mont-de-Marsan, Nevers, Orléans, Blois, Clermont-Ferrand, Toulouse, Coutances, Paris.

En 1854, il expose trois vitraux à la neuvième exposition de la Société philomathique de Bordeaux : une descente du Saint Esprit sur les apôtres, destinée à l’église Saint Michel ; une adoration des mages, composée pour une église de Talence ; une scène de la vie monastique . L’ensemble se voit attribuer une médaille d’argent.

En 1855, la Société française d’archéologie lui décerne une médaille de bronze ; en 1858, c’est l’Académie de Bordeaux qui lui délivre une médaille d’or, que je conserve d’ailleurs dans les souvenirs de ma famille, avant de l’accueillir dans ses rangs en 1859, il est alors âgé de 36 ans.

Jusqu’à sa mort survenue en 1877 , il déploie une inlassable activité. Je possède un bilan de son activité, dressé de sa main en 1876, année précédant celle de sa mort.

Peut-être avait-il déjà le pressentiment de sa disparition prochaine, car ce bilan qu’il a voulu exhaustif est dressé d’une plume appliquée sur une grande feuille de papier et récapitule avec minutie toute l’œuvre de son atelier bordelais.

À cette époque, il aura participé à la décoration de 410 édifices du culte , dont 172 auront été entièrement ornés de ses vitraux. Certaines des ces Œuvres auront été expédiées en Angleterre, en Italie, aux Antilles et même en Océanie.

À lire ce bilan, on pourrait penser que l’artiste était devenu un industriel, soucieux seulement de « produire » des vitraux et, au travers de la prospérité de son atelier, d’assurer sa propre fortune. Ce serait erroné. Joseph Villiet continue ses recherches d’archéologie, comme en témoigne l’étude qu’il publie sur un prieuré abandonné de la région de Nérac, la grange de Durance, dans la chapelle de laquelle il découvre et déchiffre d’importantes peintures murales ; comme en témoignent aussi ses travaux également publiés sur l’église du Vieux Soulac en Médoc, Notre Dame de la fin des terres.

Il se rend trois fois en Italie, non pas pour étudier le vitrail, art peu répandu dans ce pays, mais pour s’intéresser à la fresque et même à la mosaïque . Il en rapporte des croquis, des dessins, des calques, dont certains sont encore en ma possession.

Pour lui, en effet, le même souffle inspirateur animait au Moyen Âge la peinture des manuscrits, la peinture murale et les verrières, comme il l’exposera le 4 mais 1859 dans une communication à votre Académie.

Il écrit aussi une étude intitulée « Recherches archéologiques sur les portraits et les types traditionnels du Christ » , dont je ne sais si elle a été publiée, car je n’en détiens que le manuscrit. Il fait part des résultats de ses recherches à Viollet-le-Duc et au disciple de celui-ci, Abadie, le restaurateur de Saint Front de Périgueux et le futur architecte du Sacré-Cœur de Montmartre, alors chargé à Paris de la conservation et de la restauration des édifices publics.

Il correspond aussi avec Prosper Mérimée, mais la teneur de sa correspondance demeure inconnue, car il n’en a été conservé que des pelures manuscrites devenues indéchiffrables aujourd’hui.

C’est une double activité d’artiste et de savant qu’a menée Joseph Villiet et qu’il a menée dans la solitude, car il n’a jamais consenti à partager ses responsabilités avec quiconque.

En 1872, une association lui est proposée. Il décline l’offre de façon à la fois ferme et courtoise.

« J’ai fondé, répond-il, à mes risques et périls et avec beaucoup de peine un atelier de peinture sur verre. Je désire en conserver seul la responsabilité et la direction. Et si, de camarades, nous devenions un jour rivaux, vous ne perdriez à mes yeux aucune des qualités qui me rendront toujours votre amitié précieuse et chère. »

Accablé par sa double tâche d’artiste et d’archéologue, il meurt le 8 juillet 1877 à l’âge de 54 ans, celui qui avait fait sa devise d’un verset du psaume récité par l’officiant lors du lavement des mains au cours de la célébration de la messe :

« Domine, dilexi decorem domus tuae. »
(Seigneur, j’ai aimé la beauté de ta maison).

Avant de mourir, il avait eu la satisfaction de voir son fils entrer à l’École Polytechnique et sa fille aînée épouser un jeune périgourdin, avoué près la Cour d’appel de Bordeaux, Henri Denoix de Saint Marc, mon arrière grand-père.

Renaud Denoix de Saint Marc
Membre de l’Académie des Sciences morales et politiques
Membre du Conseil Constitutionnel

Henri Sauguet

compositeur, fut organiste à Saint-Vincent de 1916 à 1922

Le célèbre compositeur du ballet Les Forains écrit en 1945, Henri Sauguet, est décédé à Paris le 22 juin 1989. Une fois de plus la mort de cet éminent musicien, membre de l'Institut, un peu trop méconnu du grand public de nos jours, a été peu commentée dans la presse parlée et écrite: tout juste l'annonce de son décès sur certaines radios ou chaînes de télévision, quelques mots dans tel journal, mais rien de bien sérieux!

Henri Sauguet, de son vrai nom Henri Poupart, est né à Bordeaux le 18 mai 1901, dans la maison de famille du 6 rue de la Leyteire, près du Cours Victor-Hugo. Cette ancienne capitale de la Guyenne a vu naître également bien d'autres grands musiciens: Oscar Comettant, Dom Clément Jacob, Henry Expert, Edouard Colonne, Gustave Samazeuilh, Charles Tournemire, Louis Beydts, Joseph Ermend-Bonnal et Charles Lamoureux pour ne citer que les plus connus. Dès l'enfance, à l'âge de 5 ans il est initié à la musique par sa mère, Elisabeth Sauguet et Marie Bordier, professeur de piano, avant de devenir élève de piano de Melle Loureau de la Pagesse alors organiste de chœur de l'église Sainte­Eulalie de Bordeaux, sa paroisse.

Il était également à cette époque choriste au sein de la Maîtrise de cette église et c'est d'ailleurs là qu'il découvrit le plain-chant, le faux-bourdon et la polyphonie.

Devenu un peu plus tard élève d'orgue de Paul Combes, organiste de Notre-Dame de Bordeaux et d'écriture musicale de Marcel Lambert-Mouchague, le futur organiste et maître de chapelle de l'église Saint-Séverin à Paris , il occupera durant quelques années (1916-1922) le poste d'organiste de l'église St-Vincent de Floirac, non loin de Bordeaux.

" Le petit orgue de Floirac était un instrument bien modeste en vérité, un unique clavier, huit jeux, un pédalier qui ne fonctionnait qu'à l'aide d'une tirasse, une boite expressive, mais il n'y avait pas de buffet: l'ensemble des tuyaux était enfermé dans deux grandes boites placards situées à droite et à gauche de la console. Mais j'avais un instrument à ma disposition, j'avais un emploi, musicien: j'appartenais à la corporation des musiciens d'église "

La musique d'église et plus spécialement l'orgue ont sans aucun doute profondément marqué dans sa jeunesse Henri Sauguet. Même si ses compositions religieuses ne tiennent que peu de place dans son catalogue: une petite Messe pastorale pour 2 voix et orgue (1934) et une Messe jubilatoire pour ténor, basse et quatuor à cordes (1983), il gardera toute sa vie une certaine affectation pour ce genre de musique: " L'orgue ! Le rêve de ma jeune existence. Dès mon plus jeune âge, ses amples sonorités, venues des voûtes des sanctuaires qu'elles emplissaient, comme issues du ciel même, le mystère de cette musique qui sortait de ces tuyaux si parfaitement ordonnancés, sans que soit visible le musicien qui délivrait ces harmonies enchanteresses, me plongeaient dans une excitation extatique qui faisait frissonner tout mon corps et m'emplissait l'âme. L'orgue et les cloches me jetaient dans une sorte de délire... "

C'est sans doute pour cela que sa musique de chambre contient plusieurs pièces pour cet instrument: Oraisons pour orgue et 4 saxophones (1976), Ne moriatur in aeternum "à la mémoire d'André Jolivet" pour trompette et orgue (1979), Sonate d'église pour orgue et quintette à cordes (1985)... Curieusement c'est également à l'église qu'il découvrit Debussy: un jour, passant devant l'église Saint-Louis-des-Chartrons, les portes étant ouvertes pour l'entrée des mariées, il entendit les brillantes sonorités de l'orgue qui jouait une marche nuptiale. Attiré par celles-ci il s'arrêta quelques instants afin de mieux savourer cette musique divine. Au moment de l'élévation" descendit de l'orgue une musique qui me fit frissonner et que je trouvai extraordinaire par ses sonorités toutes nouvelles pour moi, et qui, pourtant, me semblaient très exactement répondre à la musique que je pressentais et dont j'attendais la révélation... "

C'était une page de Debussy: La Fille aux cheveux de lin, extraite de ses Douze préludes (1er livre) pour piano, écrits en 1910.1" La suite de quarte et de quinte qui entourent la mélodie étrange et suave produisait en moi un ravissement toujours renouvelé. "  Mais lorsque la déclaration de guerre arriva en 1914, la mobilisation de son père l'obligea à gagner sa vie.

C'est ainsi qu'il devint, notamment, employé de préfecture à Montauban en 1919 et 1920, Là, il connut Joseph Canteloube, un ancien élève de d'Indy et de Chartes Bordes, alors réfugié dans cette ville, qui lui enseigna la composition.

Revenu à Bordeaux, il fondait le Groupe des Trois avec louis Emié et Jean-Marcel Lizotte. Henri Sauguet voulait en effet faire entendre la musique la plus récente libre de toute influence et de toute attache. leur premier concert eut lieu le 12 décembre 1920 et on put alors entendre des pages du Groupe des Six (Georges Auric, louis Durey, Arthur Honegger, Germaine Tailleferre, Darius Milhaud, Francis Poulenc) d'Erik Satie et bien entendu de nos trois musiciens, avec, entre autres œuvres, sa Danse nègre et sa Pastorale pour piano.

Sur les instances de ses amis Darius Milhaud et Francis Poulenc, Henri Sauguet s'installait à Paris dès octobre 1922. Il se perfectionnait alors dans l'écriture et les formes auprès de Charles Koechlin. .. Très vite, je compris qu'en lui, j'avais trouvé le guide que je cherchais et qui m'apporterait, non point seulement les nécessaires connaissances de mon métier d'écrivain en musique, mais bien davantage encore: la connaissance d'un art dans ses profondeurs, dans ses prolongements, dans son historicité, dans ses pouvoirs, et qu'il me mettait enfin en face de moi-même. "

Peu de temps après, une rencontre avec Satie, organisée par Darius Milhaud chez lui, rue Gaillard, fixa définitivement J'avenir musical de Sauguet. C'est ce jour là que l'auteur des Gymnopédies acceptait en effet de parrainer le groupe, appelé facétieusement l'Ecole d'Arcueil , formé par Henri Sauguet, Roger Désormière, Maxime Jacob et Henri Cliquet-Pleyel.

Bien que reconnaissant Satie comme maire et chef de file, Henri Sauguet ne se laissera guère influencer par ses amis musiciens n'acceptant comme précepte prôné par ce mouvement que le retour à la clarté française. le genre particulier et personnel d'Henri Sauguet, qui le distinguera toute sa vie durant, va vite émerger de ses œuvres originales qui obtiendront un certain succès.

Une atmosphère romantique, pour ne pas dire une certaine nostalgie, est un des traits caractéristiques que l'on retrouve souvent dans sa musique et plus particulièrement dans des partitions telles que Les Caprices de Marianne, 1954 ou La Dame aux camélias 1959.

C'est le ballet Les Forains qui le rendit célèbre auprès du grand public. Né d'une collaboration avec Boris Kochno, Christian Bérard et Roland Petit, il est dédié à la mémoire d'Erik Satie. Ecrit avec un goût le plus sûr et une grande sensibilité, il obtient un succès populaire immédiat!

Déjà en 1924, puis en 1927, avec l'opéra bouffe Le Plumet du colonel et le ballet La Chatte, sa musique qui ne manque pas de fraîcheur, avait été remarquée, mais c'est surtout après la Seconde Guerre mondiale que son art fut reconnu de tous: quelles œuvres notables que son Quatuor à cordes (1948), sa symphonie allégorique Les Saisons (1949), puis plus tard l'opéra Les Caprices de Marianne (1954), la ballade pour basse et orchestre Le Cornette (1951), sur des poèmes de Rilke, les opéras La Dame aux Camélias (d'après Alexandre Dumas), la cantate pour baryton et orchestre à cordes L'oiseau a vu tout cela (sur un poème de Jean Cayrol), 1960, le ballet Les Mirages (1943) ou encore cette Mélodie concertante pour violoncelle et orchestre (1963) et ce Reflets sur feuilles pour harpe, piano, percussion et orchestre (1979).

Cet homme cultivé, aimable mais parfois mordant, avec beaucoup d'esprit, sachant être spirituel à souhait a su également se faire apprécier comme critique de théâtre et de musique. Il se livrait à son art en parfaite simplicité, ce qui peut-être explique son succès.

Henri Sauguet disait lui-même:

"Etre simple en usant d'un langage complexe n'est pas facile. Il faut écouter le conseil de Rameau qui prescrivait de cacher l'art par l’art même et croire avec Stendhal que seules les âmes vaniteuses et froides confondent le compliqué, le difficile avec le beau. "!!

Amoureux des poètes, il a aussi écrit des recueils de mélodies sur des poèmes de Max Jacob, Visions infernales, où se manifeste son goût pour le plus pur style français.

Elu à l'Académie des Beaux-arts en 1976, au fauteuil de son ami Darius Milhaud, reçu officier de la légion d'Honneur (1956), officier de l'ordre Nationale du Mérite, et commandeur des Arts et des lettres, il a été également durant de nombreuses années président de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques et de l'Association Una Voce.

Son œuvre variée, qui comporte aussi bien de la musique de scène ou pour orchestre, ainsi que de chambre ou vocale, révèle également de la musique de film dans laquelle il composait agréablement. Citons L'Epervier (Marcel l'Herbier, 1933), L'Honorable Catherine (id., 1942), Premier de cordée (Daquin, 1943), Les amoureux sont seuls au monde (Decoin, 1947), Clochemerle (Chenal, 1947), Don Juan (J. Berry, 1955)     Henri Sauguet s'est intéressé à toutes formes d'art, mêmes nouvelles et "sa nature le porte plus volontiers vers un lyrisme, un romantisme même, empreint de réserve, de grâce, d'une étrange poésie, où le cœur partage avec l'esprit la première place. "!!

Henri Sauguet a laissé un livre de souvenirs merveilleux, dont le titre est déjà un programme à lui tout seul:

La musique, ma Vie . On y découvre là, au fil des pages écrites dans un style agréable et vivant, son enfance bordelaise, sa montée à Paris, ses professeurs qui devinrent de réels amis et plus de quarante années de vie artistique et mondaine parisienne.

Bernard Jabouin

sculpteur (Autel de la Vierge et Maître Autel de St-Vincent)

Au XIX° siècle, le sculpteur Bernard Jabouin impose son savoir - faire dans de nombreuses églises du Sud-ouest et de Bordeaux où il forme une école bordelaise du mobilier et du décor religieux. Aussi inventif avec le bois qu’avec la pierre ou le marbre, il livre son chef d’œuvre en 1874. Une chaire monumentale en chêne à l’église Saint-Seurin de Bordeaux.

Fils d'un marbrier sculpteur, fabricant de cheminées, Bernard Jabouin (1810-1889) reprend l'atelier paternel après avoir hésité à embrasser une carrière militaire, Maréchal des logis chef au premier régiment de spahis, il fit les campagnes d'Algérie de 1832 à 1839. Aîné des quatre fils de Pierre Jabouin, il apprend le métier de tailleur de pierre de son grand-père, poursuivant la tradition familiale.

Ses frères quittant Bordeaux pour le Chili et l'Espagne afin de créer leurs propres maisons de marbrerie, il se retrouve seul à la tête de l'entreprise, à laquelle il donne une ampleur toute nouvelle, il installe alors ses ateliers rue Mériadeck et un magasin place Dauphine (place Gambetta).

Devançant ses concurrents Lambinet, Larroque, Brisson ou Boisson, il forme une véritable école bordelaise du mobilier et du décor religieux et travaille en étroite relation avec peintres et architectes.

Son succès tient en partie au fait qu'il n'est pas un simple fabricant d'objets de culte, mais qu'il s'intéresse également au contexte local et à l'histoire de chaque édifice qu'il décore.

Passionné d'archéologie, son inspiration est sans cesse renouvelée par des voyages en Italie avec le maître-verrier Joseph Villiet (1823-1877), par ses études du mobilier des monuments français et étrangers, et par son intérêt pour les nouvelles techniques, en particulier la galvanoplastie.

Son style évolue ainsi tout au long de sa longue carrière, puisqu'il fournit des autels jusqu'à la fin de sa vie, Jabouin ne travaille pas seulement le bois mais aussi la pierre, le marbre, le bronze, l'argent et le verre.

Autels, chaires, stalles, fauteuils de célébrants, fonts baptismaux, confessionnaux, bénitiers, crédences, reliquaires, châsses et statues sont exécutés dans ses ateliers, Il colore ses autels de panneaux  de mosaïques, de céramique, de lave émaillée et de tableaux, en harmonie avec le style de chaque édifice.

Sa participation à la Commission des Monuments historiques et aux sociétés savantes de Bordeaux assure enfin le sérieux archéologique de sa production dont la qualité est reconnue par dix médailles reçues lors de grandes expositions locales ou nationales.

Sauvegarde de l'Eglise et de son patrimoine

L’église de Saint Vincent de Floirac est inscrite en totalité au Patrimoine Historique

(CAD AP 10) par arrêté du 26 février 2001.

Elle est protégée au titre  de la législation sur les monuments historiques.

Ref: Journal Officiel n° 74 du 28 novembre 2002 page 5492 texte n° 32

Que toutes les personnes qui ont œuvré dans le passé et celles qui aujourd’hui encore contribuent à entretenir et préserver au mieux cette belle église soient ici remerciées.

Beaucoup de Floiracaises et Floiracais y ont vécu des joies mais aussi des peines et pour chacun elle représente un passage important de la vie.

Certains aiment s’y recueillir pour quelques instants de prière.

D’autres tout simplement pour l’amour de l’Art. Tous trouvent en ces lieux, sérénité, quiétude et calme, et éprouvent un sentiment de bien-être particulier, dans un écrin de beauté, de douceur, qui invite à la prière et à la paix intérieure.

Nous nous devons de continuer à sauvegarder ce monument historique de notre Ville de Floirac .

Toutes les bonnes volontés sont donc les bienvenues.

Elles peuvent se traduire:

  • par du bénévolat pour l’entretien courant du bâtiment,
  • par l’aide de personnes compétentes dans le domaine de l’art et de l’Histoire soucieuses de préserver le Patrimoine,
  • par un don matériel ou financier,
  • enfin par toute idée qui pourrait contribuer à faire vivre et protéger notre belle église Saint-Vincent.

Vous pouvez prendre contact avec Cyril Meyney Président de l’association Sauvegarde et Valorisation du Patrimoine Floiracai au 06.15.41.64.20

Pour plus de renseignement vous pouvez consulter le Site du Secteur Paroissial Bastide/Floirac

www.paroisse-bastide-floirac.fr  Rubrique "Nos églises"

Livret de l'Histoire de l'église Saint-Vincent sur Calameo: 


Quelques sources...

Extrait d’un livre évoquant l’église de Floirac et les croix des carrefours de la ville

L’église Saint-Vincent de Floirac date du XIIème siècle, mais seule subsiste de cette époque l’abside romane.

Le 22 août 1760, elle fut interdite à cause de sa ruine imminente, le service divin devant être célébré dans la chapelle de Belle Croix dédiée à notre dame de recouvrance.

Restaurée par les soins de Léon Defosses, avocat au parlement de Bordeaux, et de Simon Durousseau, bourgeois de Bordeaux, l’interdit fut levé le 16 décembre 1761.

Louis Jacques d’Audibert, Archevêque de Bordeaux y confirma 52 personnes le 7 juin 1766.

Elle fut presque entièrement remaniée en gothique entre 1855 et 1869.

Une inscription placée sous la Chaire (actuellement déposée) nous apprend que cette dernière provient de l’ancienne église Saint- Projet de Bordeaux.

Voici ci-après le libellé rédigé par son auteur :

  « Je resu de M. Dallon la somme de quatre vaingt dix livres pour l’esculture  que je faict  à la chese du prédicateur de l’église Saint-Projet  donct je le tien quitte à Bourdeaux ce 20ème avril 1701. Andron »

(L’orthographe est ici reproduite à l’identique de l’original !)

La bénédiction de la grande cloche de l’église eut lieu le 16 novembre 1692.

Le Parrain était de Jehan, écuyer, procureur  du Roi  à Bordeaux. La Marraine, Anne de Martin épouse de M. de Mons, Seigneur de Lacaussade.

Le 6 juin 1744 les cloches furent adjugées moyennant 30 livres par an à Pierre Alard lequel s’engage à sonner pour les offices, nettoyer l’église une fois par semaine.

Elles furent descendues et transportées au fort de la révolution. En 1794, les cordes furent envoyées dans les magasins du district par le citoyen Truch, officier municipal.

Revue l’Aquitaine 1886 (article concernant la restauration de l’église)

L’Église de Floirac :

A trois ou quatre kilomètres de Bordeaux, sur la rive droite de la Garonne, en partant du pont et suivant l’allée Deschamp, s’arrêtant aux limites de notre ville, qu’on prenne le chemin de gauche, et que, par une pente douce, on gravisse le mamelon bordé de deux collines plus élevées, on arrive, après plusieurs stations que de charitables bancs nous invitent à faire, à la délicieuse église de Floirac.

Cette promenade, nous la faisions lundi dernier, jour de l’adoration perpétuelle dans cette paroisse. M. le curé Bourgès, si justement aimé de ses confrères, avait, pour donner à cette fête tout l’éclat possible, convié plusieurs curés de Bordeaux : MM. Felloneau, Donis, Belleville, Vergès, Lafargue, M. le Doyen d’Ambarès, M. le curé de Lormont et d’autres prêtres du Canton. M. Vidal, curé de Bouliac, a chanté la grand-messe, pendant laquelle les voûtes de l’église ont retenti, et des sons vibrants de la puissante voix de M. Bourgès, que les années n’ont pu amoindrir, et des suaves mélodies que M. Moreau, vicaire de Saint-Pierre, a fait passer de son cœur sur l’orgue. M. Donis a, dans le sermon du soir, développé avec une simplicité pleine d’onction et d’à-propos ces deux pensées : Nos églises, où Jésus-Christ a établi son séjour, sont un port de refuge pour les âmes et le toit protecteur de la famille chrétienne.

Conduits depuis si longtemps par une suite de pasteurs dévoués, M. Berrouet, M. Mons, M. lafargue, les pieux fidèles ont tenu à prouver qu’ils n’avaient point dégénéré dans la foi ; le matin et le soir, l’église a toujours été comble ; et M. Chaigneau, maire de Floirac, a témoigné par sa présence de la vive sympathie que lui inspirait cette brillante fête.

Nous désirerions nous arrêter là, mais nous ne pouvons résister au plaisir de raconter ici les merveilles, en fait d’art, dont l’église de Floirac est devenue le théâtre.

Cette charmante église est composée de trois nefs en style ogival ; l’abside est romane.

Il y a quelques années, cette abside était en partie remplie par un baldaquin à colonnes torses, dans le goût de la Renaissance, par suite en désaccord complet avec le style roman. M. le curé, se doutant des richesses que voilaient ces planches vermoulues, fit un jour, sans bruit, enlever le retable et découvrit trois belles fenêtres romanes avec colonnettes et chapiteaux sculptés, mais murées en moellons.

A la hâte les colonnettes ébranlées sont remises sur pied, les corniches brisées complétées, les brèches et tous les dégâts nécessités pour le placement de l’ignoble et malencontreux baldaquin sont réparés, et M. le curé peut, après quelques jours de travail, pu offrir à ses paroissiens, surpris et  charmés, le sanctuaire de son église, rétabli dans la pureté de sa nature primitive.

Mais là ne devaient pas s’arrêter les succès de M. le curé de Floirac. Dans la paroisse, se trouvait un charmant manoir, où un artiste travailleur, et père de délicieux enfants, venait chaque dimanche demander à l’air pur, aux bois, aux belles perspectives, à la vie si douce de sa famille, le repos de ses longs et fatigants travaux ; cet artiste, Bordeaux le connaît, l’apprécie et l’aime ; Bordeaux se glorifie aujourd’hui de l’avoir adopté ; cet artiste s’appelle M. joseph Villiet. Edifié des soins intelligents que M. le curé donnait à son église, lui aussi voulu concourir à son embellissement, et faire de l’église de la commune où se trouve sa villa la plus belle des églises de campagne.

Déjà, par ses soins, toutes les fenêtres de l’église avaient été garnies de verrières peintes, il désira compléter cette décoration coloriée en étendant sur les murailles un riche manteau de peintures, en les couvrant d’or de pourpre et d’azur.

Appuyé sur les traditions anciennes, il se mit à l’œuvre, il arrêta la disposition des peintures pour l’église entière , traça tous les dessins, et, se réservant la peinture des figures, il confia celle des ornements à un jeune artiste dont le nom commence à poindre parmi ceux des peintres d’église, M. Ricaud, et dont la réputation, il ne l’oubliera pas, est partie de Floirac. Aujourd’hui, l’œuvre est faite presque en entier ; on peut la voir et l’apprécier.

Au sanctuaire d’abord, et jusqu’à la corniche qui règne à la naissance de la voûte, une riche décoration s’étend sur les murs, les colonnettes et les embrasures des fenêtres ; des rinceaux nerveux, charnus et gracieux en même temps, comme ceux des manuscrits du XII° siècle, grimpent entre les fenêtres et s’entrelacent sur les grosses colonnes de l’entrée du sanctuaire et sur les arcs-doubleaux.

Sur la calotte hémisphérique de la voûte, apparaissent les figures du Christ et des évangélistes. Le Christ est assis dans une grande auréole mystique et bénit à la manière latine. Les évangélistes sont assis aussi, deux à droite et deux à gauche du Sauveur. Ces cinq figures, le dirons-nous ? dans la gracieuse simplicité de leurs lignes, la correction de leurs contours et l’éclat tempéré de leurs couleurs, nous ont rappelé les peintres des anciens maîtres d’Italie, bien plus que celles des vieux maîtres français du XII° siècle, de l’abside de Saint-Jean de Latran.

C’est un parti pris chez l’artiste, on le voit. Est-ce un tort ? Nous ne le pensons pas. Il y a de l’archaïsme dans ces lignes du sanctuaire de Floirac assez pour leur donner une dose suffisante de caractère, mais cet archaïsme s’arrête juste là où il le fallait, c’est-à-dire à la limite qui ne peut être franchie sans que nos yeux modernes ne soient froissés par des hardiesses de dessin auxquelles ils ne sont pas habitués.

C’est ainsi que nous comprenons les peintures décoratives historiques, et c’est ainsi que nous les aimons.

Un bel autel en pierre, aux lignes pures et correctes, aux fines sculptures, sorti des ateliers de M. Jabouin, est venu compléter l’ameublement et aussi la décoration du sanctuaire. Car, peint et doré, lui aussi, comme une délicate pièce d’orfèvrerie, s’enchâsse merveilleusement sur le fond des peintures qui l’entoure, et forme avec elles un ensemble d’une grande richesse de ton et d’une incomparable harmonie.

Et afin que rien ne manque à ce sanctuaire privilégié, on prépare en ce moment, pour son pavé, des mosaïques en cubes de marbre, dont les couleurs inaltérables dessinerons des ornements, des oiseaux, et même une grande figure : celle de l’Eglise.

Dans la nef, d’un style différent, il fallait une ornementation et même une tonalité différentes. La difficulté, pour le peintre, était de conduire, sans brusque transition, l’harmonie des couleurs et des lignes du sanctuaire dans la nef. Cette difficulté a été vaincue. L’harmonie, une harmonie complète règne partout.

A l’entrée du chœur, les murs de la nef plus espacés, les voûtes plus élevées que celle du sanctuaire, laissent une vaste surface plane faisant face à l’entrée de l’église.

C’était un beau champ pour la peinture, quoique singulièrement échancré par l’arc roman du chœur. Le peintre en a tiré le meilleur parti.

A son sommet, il a placé, au centre d’une vaste auréole circulaire à fond d’or, la Sainte Vierge, Notre-Dame de Floirac, assise et tenant son divin Fils sur ses genoux. A sa droite, des groupes d’anges se prosternent et encensent. Plus bas, sont représentés David, chantant sur sa harpe les louanges de Marie, et Isaïe, le prophète, contemplant, dans la profondeur de l’avenir, la Vierge prédestinée qui devait enfanter le Sauveur des hommes. Plus bas encore, comme deux gardiens de l’entrée du saint des saints, Saint-Joseph d’un côté, et de l’autre Saint-Vincent, patron de Floirac, portant l’image de l’église, figure de la paroisse placée sous son patronage immédiat.

La nef est formée de trois travées. A chaque travée, une grande arcade ogivale met en communication la grande et les petites nefs. Au-dessus de chacune de ces arcades, une large frise peinte règne d’un bout à l’autre de l’église. Elle sert de base à une vaste composition qui remplit complètement le tympan circonscrit par l’arc formeret des voûtes.

Les figures y sont de grandeur naturelle, et les scènes représentent les faits principaux de la vie de notre Seigneur et de la Sainte Vierge : l’annonciation, le mariage, la visitation de la sainte Vierge, la naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ.

 Au dessous, dans les écoinçons formés par les arcades, la frise et les colonnes qui portent les nervures de la voûte, un médaillon plus petit a reçu une figure demi-nature, ou un peu plus, sur fond d’or, représentant les prophètes et les Saintes femmes de l’ancienne loi.

Déjà la première travée de la nef est terminée. L’annonciation d’un côté et la purification de l’autre. Judith et Marie, sœur de Moïse, deux figures de prophètes, peuvent faire prévoir ce que sera l’église lorsque l’artiste descendra de son échafaudage et dira : j’ai fini.

Chaque été, il vient payer son tribu annuel, joyeux d’embellir, pour se reposer, l’église de son village et s’estimant heureux d’avoir été jugé digne de faire de la maison du Seigneur son atelier de peinture ; je dis mieux, la toile où il peut reproduire toutes les richesses de son album et de ses longues études.

L’ornementation de la grande nef est achevée ; les compositions sont ébauchées ; et nous espérons, avec le bon curé de Floirac et tous les paroissiens, que la grande œuvre se complètera prochainement.

Nous attendons ce moment pour faire une étude plus sérieuse, plus détaillée et plus digne de cet important travail, et notre collaborateur, M. Ragain y ajoutera un compte rendu scientifique sur les richesses géologiques, hydrauliques, voire même ornithologique que renferme le presbytère de Floirac.